23 avril 2008
Carlton Rara...
... est un compositeur, chanteur, percussioniste né de mère haïtienne et de père français. Son texte est long, mais il mérite vraiment que l'on aille jusqu'au bout
Lettre
ouverte à tous les Haïtiens de la diaspora ou permanents du pays, tous
sexes, tous âges, tous passeports confondus et autres intéressés
francophones
Chers vous tous
A
tous ceux qui voudraient anticiper la fuite d’un énième discours
politique de bistrot, ne partez pas tout de suite, rien de tel
ci-après, rassurez-vous, je ne suis qu’un illustre cancre.Je ne suis
même pas citoyen de mon pays : Haïti...et l'état civil de cette
République ne peut rien pour moi, enfin je ne m'en porte pas plus mal
après tout...
Mon pays, lui, ne se porte pas bien; on me demande ici
ou là si j'ai encore de la famille « là bas », si tout va bien pour
eux....enfin, la politesse d'usage quoi ; à ça j'ai envie de répondre
que oui, j'y ai encore de la famille effectivement, à peu près 8,5
millions de parents et pas grand chose ne va pour l'immense majorité
d'entre eux.
J’ai grandi en dehors d’Haïti avec comme album de
famille les crises sociales et politiques qui rythment la survie du
pays depuis 200 ans et avec moi a grandi l’idée que cette « misère » et
ce désordre faisaient partie du décor jusqu’à ce que cette idée se
brise le jour où j’ai compris qu’en Haïti il n’y avait pas plus de
fatalité qu’en Sibérie ou en Papouasie Nouvelle Guinée et que la
situation à l’échelle d’un collectif ou d’un pays est la conséquence de
causes et que ces causes sont produites par des actes, posés eux-mêmes
par des décisions et que finalement ces décisions il fallait bien que
ce soit des hommes qui les prennent.
Derrière, devant ou dedans le
tableau apocalyptique de la situation de tiers monde qui galope en
Haïti on distingue bien des hommes en effet (ne vous offusquez pas les
filles je prends le mot homme dans une acception philosophique et
générique, allez bisou), qu’ils soient ceux qui meurent, ceux qui
souffrent, ceux qui souffrent moins, ceux qui ne souffrent pas du tout.
En
effet, étranglés à travers le maillage si « complexe » du « système »,
on aperçoit rien d’autre que des hommes ou enfin ce qu’il en reste.
On
a beau m’expliquer toute l’extraordinaire complexité de la chose, en
chiffres, diagrammes, statistiques savantes, exposés et rapports de
sciences humaines par les plus brillants spécialistes de ce monde, j’ai
encore aujourd’hui la faiblesse de penser que même si la majorité de
mes compatriotes crèvent « complexement » la dalle ou crèvent «
complexement » tout court, que cela revient au même que si la mécanique
du fléau avait été dérisoirement simple.
A
qui la faute ? Qui aurait mal agi ou mal décidé et dont les
conséquences des actes auraient été directement responsables de cette
calamité ? Que devrait-on faire ?
L’histoire une fois de plus
fera en son temps son œuvre en nous enseignant après coup les tenants,
le déroulement et les aboutissements de la bataille dans des écritures
préfigurant l’exposition des vestiges dans les musées.
Nous, les diasporés d’Haïti, ferons nous parti de cette histoire?
Comme
nombre d’entre nous donc, et à toute époque la contemporanéité de sa
crise, il y a bien longtemps que je me suis demandé ce que je pouvais
bien faire pour ce pays qui souffre et qui finalement a enfanté pour
partie ce que je suis aujourd’hui.
Comme beaucoup j’ai été
inlassablement découragé, submergé par l’ampleur des difficultés, rendu
incapable d’agir, par le ressac des crises ou des catastrophes, les
impressions de déjà vu, les bis repetita placent, en proie à la
résignation devant le déferlement implacable du destin, esseulé dans
mes réflexions ou intellectuellement mal accompagné, livré à la
facilité d’enfoncer des portes ouvertes et de jeter des pavés dans le
sens du vent pour finir par me convaincre que de toutes manières il n’y
a rien que je puisse faire moi et mes amis.
Sans compter que des
difficultés, il y en a aussi ici (en France pour ma part où je réside
le plus clair de mon temps) pour la plupart d’entre nous dans des pays
industrialisés qui connaissent leur lot de souffrance et de misère pour
être eux aussi le fruit du règne de l’homme évolué (il faut bien qu’on
se marre un peu quand même). Ca n’est pas toujours dimanche en effet
pour nous ici mais à celui qui voudrait s’égarer dans sa complainte je
dis tout net que la « pénibilité » de la vie dans les pays
industrialisés est sans commune mesure avec la réalité haïtienne «
insoutenablement » pesante.
Evidemment les plus jeunes d’entre nous
et ceux qui n’auront jamais mis les pieds dans ce pays impraticable
pour les non initiés, ne connaissent pas les coupures de courant, quand
bien sûr on en a dans sa maison, quand bien sûr on a une maison, quand
on a les moyens d’en avoir une ; pas plus que le manque d’eau potable
qui, lui frappe tout le monde ; ne leur évoque rien le soleil de plomb
qui sèche la terre auquel succèdent les pluies torrentielles et la boue
meurtrière dans ce pays déroutant et sans route où l’on saute un repas
comme on oublierait un rendez-vous chez la manucure.
J’ai connu
toutes sortes d’haïtiens (même chose que pour les « hommes » les
filles, mettez tout ça au féminin évidemment), des gros, des petits,
des noirs et des moins noirs, des artistes, des paysans, des
portauprinciens, des provinciaux, des vaudouisants, des
ecclésiastiques, des diplomates, des banquiers, des docteurs, des
marchandes de pistaches, des policiers, des nés prématurés, des
chauffeurs, des putes, des déconneurs, des dépressifs, des pédés, des
alcooliques, des poètes, des riches, des très très pauvres, des
infirmes, des blancs, des rouges, des qui dorment avec une pétoire sous
l’oreiller, des gentils, des cons, des ordures, des sirènes, des
gueulards, des escrocs et mêmes des princesses, et oui…… et tout aussi
divers qu’ils m’apparaissent, ils ont une ressemblance qui tient dans
le fait, il me semble, qu’ils viennent tous d’Haïti.
Après ces
tergiversations d’Haïtien naturel, j’en viens au fait avec mon lot de
questions connexes et subsidiaires.(accrochez-vous, y en a encore pour
7 pages, mais non je plaisante…quoique)
Depuis la dernière grosse
crise en Haïti, qu’elle fut d’ordre socio-politique ou liée aux
outrances climatiques et alors qu’une fois de plus nous nous trouvions
mus par les émotions tous désireux d’agir mais dans l’impossibilité de
le faire (vous remarquez bien que je n’envisage même pas qu’il y en eût
parmi nous qui n’eussent pas eu l’intention d’agir, vous avez vu comme
je manie bien le subjonctif).
Après
le constat de cette vieille incapacité donc, qu’avons-nous fait depuis
pour réparer les rouages défectueux qui précisément entraver nos
actions ? Alors que les indices sont à l’heure de toutes les
régressions en Haïti.
Qu’avons-nous entrepris qui nous fasse voir aujourd’hui de façon flagrante le fruit de nos actions ?
Nous
ne sommes même pas capables aujourd’hui d’acheminer un container
lorsqu’il le faudrait d’un point A dans le monde à un point B en Haïti.
Le nombre d’associations ne cesse d’augmenter, Haïti est un des pays comportant le plus d’ONG au monde.
Pourquoi
cette quantité nouvelle ne produit-elle pas plus d’effet, pourquoi sa
proportion se laisse-t-elle dépasser par celle de la paupérisation ?
Doit-on
aujourd’hui encore attendre et ce au niveau mondial que le « système »
apporte des solutions au mal même dont il est la cause ?
Y en a t-il encore parmi nous qui pensent ça ? Le fait de penser ci ou ça dispense-t-il d’agir ?
Les actions locales doivent elles se faire au détriment d’actions plus globales, ne peut on pas les mener toutes de front ?
Les
derniers événements en Haïti ( cf journaux, nouvelles en tout genre
pour les moins informés) semblent démontrer de façon criante que nous
faisons malgré tout trop peu, ou mal, ou pas assez, que cela ne suffit
tout simplement pas dans ce climat d’exceptionnelle pauvreté.
Exceptionnels la pauvreté et les problèmes, exceptionnelle la
mobilisation devrait être, hors force est de constater que nous sommes
loin du compte.
Nous ne sommes même pas capables de coordonner des actions au niveau national dans un petit pays comme la France.
La
vitesse de mobilisation (ce qui implique que la conscience ait fait
préalablement son chemin dans les esprits de chacun) au niveau
international, toutes problématiques confondues, n’a jamais été aussi
lente et inopérante (je prends pour référence, le siècle passé) alors
que les machines et les moyens de communications n’ont jamais été aussi
performants et aussi répandus.
Nous n’avons jamais produit autant de
denrées alimentaires dans le monde qu’à l’heure actuelle et on
m’explique que des gens meurent de faim alors que les poubelles des
autres ici trop pleines finissent d’engraisser les chiens errants.
Comment
se fait-il aujourd’hui qu’UNE SEULE femme tibétaine ait réussi à faire
exister médiatiquement la cause de son pays 20 fois plus que les vagues
échos qu’on a pu entendre à propos d’Haïti sur les principales stations
d’information (pour la seule France) ?
Je crois savoir pourtant que notre communauté compte jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’individus en France.
Nous serions pourtant en mesure d’agir, qu’est ce qui nous retient donc ?
Est-ce
peut-être alors parce qu’une femme tibétaine vaut plusieurs dizaine de
milliers d’haïtiens ? (comme quoi, à rien ne sert d’ignorer les maths
modernes)
Ne me rétorquez pas que le sort d’Haïti n’intéresse
pas le reste du monde, les gens sont intéressés par ce à quoi on veut
bien les intéresser.
Sommes nous désunis à ce point, sommes nous négligents à ce point ?
Je ne veux tout de même pas croire à l’indifférence.
Y
en-t-il parmi nous qui considèrent que travailler à faire accéder
l’ensemble de la population haïtienne à des conditions de vie
acceptables prête à débats ou controverses ?
Sommes nous à ce point habitués à ces situations hors normes au point de les considérer comme normales ?
Faut-il plus de sang, faut-il plus de misère, faut-il plus de chair refroidie, plus de rien ?
Tradition
orale oblige, nous nous permettons d’avoir un avis sur toutes les
questions soulevées par les problématiques haïtiennes mais notre
participation à la vie du pays est sporadique et n’a aucun poids n’en
déplaise aux amuseurs, aux fanas du microphone, à ceux qui montent à la
tribune pour montrer leur cul et leurs bonnes manières comme dirait
l’autre. Passons pour une fois la parole à ceux qui n’amusent personne,
ceux qui n’ont soit disant rien à dire et qui gardent leur arrière
train en bonne place.
Nous avons, par tradition désormais, cessé de
considérer les institutions de ce pays comme crédibles (fautes qu’elles
l’aient toujours été certes) mais aujourd’hui il y a bel et bien un
gouvernement en Haïti, il y a bel et bien des hommes qui décident et
sur qui repose le sort de la nation, au-delà de la politique et des
divergences de point de vue, qu’on les considère légitimes ou pas, il
sont bien là.
Hors quel rapport avons-nous avec eux ? De quel conseil sommes-nous à leur endroit ? Quel débat citoyen avons-nous avec eux ?
Quelles
exigences avons-nous envers eux ? De la même façon qu’on a décrété leur
surdité à nos attentes depuis fort longtemps, quelles mesures, quels
moyens d’action forts et fédérés avons-nous mis en œuvre pour forcer le
rétablissement de leur écoute ?
Le fait d’avoir souvent échoué dans
nos tentatives implique-t-il qu’il faille renoncer à recommencer, et à
recommencer encore, et encore et encore…. ?
Le fait que la bataille soit âpre implique-t-elle que nous ne dussions pas la mener ? (décidemment ce subjonctif, une merveille)
Quel plan, quelle stratégie avons-nous établis pour peser dans la balance ?
Quelle
organisation avons-nous mis en place ? Quel espoir avons-nous donc
généré chez nos familles restées au pays et qui aujourd’hui pensent par
pure ignorance que nous buvons ici (en pays riches) du miel et du lait
et que nos poches se remplissent d’argent comme par miracle ?
J’entends
fuser ici et là des avis déterminés réclamant le départ de ces «
traîtres » de Minusthas qui sont aujourd’hui la seule force armée, il
faut le dire, dans le pays.
Par qui va-t-on les remplacer ?
Ne
doit-on pas également réclamer par conséquent le départ de nombre d’ONG
qui viennent justifier de leur budget dans des études ou des travaux
trop souvent obsolètes, inachevés, inachevables, irréfléchis,
impropres, ne produisant rien ou parfois du désordre ?
Vous me dites pour certains d’entre vous envisager votre propre avenir en Haïti, mais comment le préparons-nous ?
Des
étrangers de bonne fois et de bonnes compositions veulent nous aider,
hélas bien souvent le fait de ne pas être « initiés » (pas d’acception
cultuelle ici) les rend inefficaces ou à côté de la plaque ou alors
cachent en définitive leurs véritables motivations dans leur
inconscient qui s’avère cibler trop la rédemption de leur individu.
Voila
pourquoi je m’adresse en priorité aux Haïtiens. Nous, nous ne devrions
pas être en proie à cet excès même si aider l’autre et se soucier de
lui reste toujours une manière de se soucier de soi, nous sommes
d’accord.
Sans aller
décrocher la lune, avons-nous encore des échanges sur les questions
primaires, nous parlons nous encore, dans des pays où nous sommes
pourtant libres de penser à voix haute ?
Même pas le minimum à vrai
dire ! Les e-mails, les boîtes aux lettres sont vides, les téléphones
muets, les bouches pleines de salive ? (La répétition des vieilles
conneries sans science et sans conscience exclue, bien entendu, car
pour ça nous avons encore pas mal de ressources inépuisées).
Et
quand il nous arrive de retrouver l’usage de la parole dans nos
familles, parlons nous vraiment de l’essentiel ?.....de ce qui peut
préoccuper un enfant, une femme, un vieillard que sais-je, qui ne
bouffe pas, ou qui souffre d’une maladie qui lui est inconnue? de ce
qui les préoccupe ou de ce qui ne les préoccupe plus…..
Y en a-t-il
parmi nous qui ont agressé leur boulanger parce que son pain été trop
cher, casser sa vitrine, mis sa vie en danger ?
Non personne vraiment ?...vous
m’étonnez. Mais alors comment se fait-il que nous laissions nos
familles faire une chose aussi « insensée » sans être alarmés, sans
réagir, seulement sous prétexte que c’est en Haïti que ça se passe.
C’est bien ce que je disais, les normes sont à géométrie variable, y
compris celles du bon sens.
Ne soyons pas, je vous prie,
démissionnaire ou actionnaire d’Haïti lorsque ça nous chante, lorsque
le vent est favorable, lorsque les plus faibles d’entre nous ont joué
leur rôle de tampon et de bouclier contre l’adversité et qu’ils nous
ont rendu la voie libre.
C’est encore le plus faible qui a besoin du plus fort pour vivre à ce que je sache et non l’inverse.
Qu’allons
nous raconter à nos petits enfants ? Que le jour de la bataille nous
étions à la plage ou à la foire ? Que l’après-midi ou mamie a pris une
balle, nous étions au supermarché ?
Nous leur dirons
tout simplement que nous étions des incapables ou pire encore, nous
n’aurons rien à leur raconter du tout… encéphalogramme plat !
A
ceux qui travaillent modestement de leur côté, ne vous sentez vous pas
seuls et en sous nombre parfois ? Cela aussi vous semble-t-il normal ?
Sommes nous tous d’un certain âge et usés ou en proie au handicap ou à la maladie?
Cette
immense partie du peuple haïtien dispersé que nous sommes, ne peut-il
pas trouver d’ambassadeur (nous avons des ambassadeurs et des consuls
mais nous ne les considérons pas plus que n’importe quel autre officiel
ou alors juste au moment de faire mettre un tampon sur un document). Ne peut-on pas créer des entités qui matérialisent notre présence, qui rendraient plus probables nos actions ?
Ne
me dites pas que je pose trop de questions et que je n’apporte pas
assez de réponses, nous allons nous épargnez pour une fois les débats
merdiques, les formules de prétoire et la poésie mal placée ou encore
les idées politiciennes qui font chier tout le monde, tout ça ne doit
pas avoir cours ici.
J’ai déjà pour ma part trop parlé et pas assez
agi. Il appartient à chacun de vouloir apporter des réponses ou bien de
se poser d’autres questions, enfin de prendre ses responsabilités pour
les plus responsables d’entre nous et ça je ne peux pas le faire à
votre place.
Il est d’usage que les artistes ou les intellectuels
essaient de chatouiller les monolithes… il est tard, je suis fatigué,
j’ai sommeil mais je suis à mon poste.
Les
manifestations imposées du 10 mai et ce partout en France ont-elles
pensé à remanier leur programme pour la circonstance ? Les problèmes
actuels sont-ils au programme ? Des manifestations (revendicatives)
sont-elles prévues, des gens ont-ils prévu de s’exprimer, que préparons
nous à part une bonne popote et un bon bal kompa ?
Allons-nous
célébrer bêtement et béatement l’abolition de l’esclavage alors que
nous sommes on ne peut plus asservis aujourd’hui, asservis à mort ?
Allons nous encore faire comme si de rien n’était ?
Prévoit-on
une aide de masse directe à la population haïtienne (je ne parle pas
uniquement de parachuter de la bouffe) ? Doit-on encore attendre le
prochain coup de canon pour s’indigner à heure fixe.
Est-il prévu qu’Haïti regarde Haïti dans les yeux sans honte ?
Enfin
voilà, je m’interrogeais modestement, juste comme ça, loin du désir
d’importuner quiconque….enfin si j’en emmerde quelques uns c’est pas
plus mal non plus, mais affectueusement s’entend (que voulez-vous c’est
mon esprit taquin).
Un peu de théâtre maintenant (je vous l’ai dit,
faut bien se marrer un peu quand même, enfin, m’ap ri men m’p’ap jwe –
traduction : je ris mais je ne m’amuse pas) , allez, un peu de courage
c’est la dernière ligne droite.
Moi, je soussigné Carlton Rara, citoyen illégitime mais conséquent du pays d’Haïti.
J’en
appelle, à tous ceux qui aiment ce pays, tout ceux qui en parlent, tous
ceux qui n’en parlent plus, tout ceux qui ne l’ont pas oublié, tous
ceux qui y vivent, tous ceux qui y ont une habitation, tout ceux qui
n’y ont rien ni personne, tous ceux qui ont des idées, tous ceux qui
ont de la volonté, tous ceux qui n’ont pas de volonté, tous ceux qui
n’ont pas d’idée, tous ceux qui parlent bien, tous ceux qui écrivent
bien, tous ceux qui jouent bien du tambour ou de la cornemuse, ceux qui
n’ont pas de voiture mais qui aimeraient bien en avoir une, tous les
usagers des camionnettes, les femmes, les hommes, les plus jeunes, ceux
qui ont des responsabilités, ceux qui n’en n’ont pas, les attachés, les
détachés, ceux qui ont de l’argent, ceux qui n’en n’ont pas, ceux qui
ont des terres, ceux qui bandent bien, ceux qui ne bandent plus, les
premiers de la classe, les derniers, les non voyants, les politiques,
les parvenus, les revenants, les inconnus, les scientifiques, tous ceux
qui ont des pigments dans la peau, les albinos, les retardés, les
attardés, les optimistes, les pessimistes, les saltimbanques, les
comptes en banque, ceux plus au Nord, ceux moins au Sud, ceux qui
n’entravent rien à ce que je raconte, ceux qui me reçoivent 5 sur 5,
ceux qui sont partis en court de lecture, ceux qui avaient gardé un
cinquième as dans leur manche ou une poire pour la soif, celles qui
aiment toujours leur mari après 50 ans de mariage, mes frères, mes
sœurs, l’oncle Sam, l’oncle Tom, les culs de jatte, les malpolis, tout
ceux qui ont compris que la prochaine bataille n’aura pas lieu faute de
combattants, ceux qui savent qu’il est plus que temps, ceux qui
entendent Haïti hurler sourdement comme on entend son gosse, Haïtiens
de mon cœur, j’en appelle à tout ceux qui comme moi ne connaissent rien
de plus doux pour la tête que les senteurs de la brune enveloppante
d’Haïti.
Je compte sur tout ceux-là pour agir, pour parler, pour
faire hommage à tout ce qu’Haïti nous a enseigné de bon, nous a donné
sans compter, sans reprendre, nous a transmis à nous, ses enfants
égarés.
Je m’excuse par avance auprès de tout ceux à qui tout cela
n’évoque rien et ceux qui penseraient qu’on leur fait la leçon (soyez
vous-mêmes vos professeurs).
Nous
avons un jour fait trembler de stupeur le monde par une révolution
improbable, perdue et condamnée d’avance et pourtant achevée par la
volonté et la stratégie des hommes.
Ce que nos ancêtres ont fait de
la révolution n’enlève rien à l’exemplarité de cette victoire…voilà
encore la seule chose que tous les haïtiens savent encore
aujourd’hui…nous avons un jour fait trembler de stupeur le monde …
et bien recommençons voulez-vous !?
Merci bien de votre attention
Allez on se fait la bise, n’oubliez pas d’éteindre en partant…
Allez hop en deux clics passe le message à ton voisin, enfin c’est toi qui vois.
Carlton Rara
Fait à Mont de Marsan (France) le 14 avril 2008
PS : et moi qui pensais faire court
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